Omeka

Roy Rosenzweig et son équipe du Center for History and New Media (CHNM) créent en 2007 une première version d’un gestionnaire de contenu dédié à la mise en ligne de documents multimédias. Des interviews, des photos et des textes doivent être exposés sur le web et indexés au format Dublin Core. L’application est nommée Omeka ce qui signifie en swahili montrer des biens, des marchandises ou encore s’exprimer. Roy Rosenzweig décède cette même année mais le logiciel rencontre le succès et les développements sont poursuivis. Basé sur Omeka, le service en ligne gratuit omeka.net est proposé en 2010. Il devient alors possible de créer un site documentaire de manière aisée, que l’on soit étudiant, amateur éclairé ou professionnel. Des expositions virtuelles peuvent être créées, organisées et partagées.

Puis le CCHNM devient rebaptisé en 2011 RRCHNM en hommage à Roy Rosenzweig. Une application innovante nommée Omeka S dans lequel S signifie Semantic est publiée en 2016. Il s’agit d’intégrer certaines des possibilités du web sémantique et de rendre natif la possibilité de lier entre elles les données. Les deux logiciels restent développés en parallèle et afin d’éviter toute ambiguïté, le logiciel original est renommé Omeka Classic. Quatre développeurs John Flatness, Jim Safley, Kim Nguyen et Ken Albers quittent en 2021 le RRCHNM pour intégrer l’association à but non lucratif Digital Scholar digitalscholar.org. Omeka Classic, Omeka S et omeka.net suivent depuis lors des cycles de développements parallèles et les montées en version se succèdent.

Omeka Classic et Omeka S rendent possible et standardisé la mise en ligne de collections de documents textuels (livres, articles, documents d’archives), d’images (photographies, gravures, dessins, cartes), de sons et d’enregistrements audiovisuels (interviews, histoires orales), d’objets 3D, de bases de données, bref de tout document numérique. L’item constitue l’unité de base de ces deux gestionnaires de contenus. Tout item correspond à une notice capable de décrire à l’aide de métadonnées un document, une œuvre, une personne, une organisation, un concept et de contenir zéro, un ou plusieurs fichiers associés. Les items sont susceptibles d’être regroupés en collections qui indiquent au choix de l’administrateur une unité de provenance, une catégorie de document, un sujet.

Les métadonnées au format Dublin Core pour Omeka Classic et possiblement autres pour Omeka S permettent de décrire la hiérarchie des collections, des items et des fichiers. Des fonctionnalités standards de navigation incluent le parcours de la liste complète des contenus, le filtre des items par motif recherché, le tri des contenus en fonction de leur date par exemple. Les bibliothèques, les archives de même que les institutions de recherche dans les domaines de la littérature, de l’archéologie, de l’histoire et d’autres sciences humaines se montrent particulièrement intéressées par ces outils dédiés à la gestion de corpus.

Plus récent et complexe, Omeka S offre la possibilité de gérer simultanément plusieurs sites et ceci dans l’optique du web de données. Les sous-sites peuvent mutualiser certaines collections ou bien certains items. De multiples ontologies telles que Dublin Core, FOAF, Bibo, Bio, schema, FaBiO BibFrame, MODS, MADS, EAD, Records in Contexts peuvent servir à décrire les items de manière normalisée. Des liens internes et externes peuvent être aisément créés dans le but de lier entre elles les données d’un même site à l’aide de relations typées ou bien d’ajouter des liens vers des sites qui font autorité.

Objets de ce billet, Omeka Classic et Omeka S sont diffusés sous licence libre GPL. Une brève présentation technique est ici complétée d’une liste de réalisations francophones classées par région des auteurs.

  • Historique du projet : Lien
  • Roy Rosenzweig Center for History and New Media : Lien, Wikipedia
  • Digital Scholar : Lien
Êtes-vous plutôt Classic ou Semantic ?
  1. Organisation humaine et informatique
  2. Omeka Classic ou Omeka S ?
  3. Fonctionnalités, Thèmes et plugins
  4. omeka.net
  5. Documentations
  6. Annuaires, tutoriels, services publics
  7. Sociétés, entreprises et services
  8. Quelques réalisations francophones

1. Organisation humaine et informatique

La réalisation effective d’un site Omeka nécessite en général la collaboration entre plusieurs acteurs qui jouent des rôles distincts. 1/ Le chef de projet (maîtrise d’œuvre) – généralement un scientifique – mobilise une équipe dont le but est de rassembler, documenter et numériser un ensemble d’objets numériques du type texte, son, image. Il réunit des financements, assure l’animation de la communauté des utilisateurs, webmestres, designers et développeurs. 2/ Le webmestre s’occupe de la mise en ligne des données, peut s’occuper de la médiatisation des mises à jour, des transcriptions. 3/ Le développeur propose un hébergeur, développe fonctionnalités et graphismes, met en ligne, assure les montées en version, maintient le site sur la durée dans ses aspects fonctionnels et réalise les modifications. Les schémas de métadonnées sont choisis par ces trois premiers acteurs. 4/ L’hébergeur web rend public le site web, assure la configuration des serveurs et plateformes, la sécurité et l’archivage des fichiers et de la base de données, la continuité des services, peut fournir des statistiques de consultation.

Différentes motivations peuvent conduire au choix de l’un ou l’autre des logiciels Omeka, ou bien à l’adoption d’une solution autre. 1/ Les chefs de projet / webmestres peuvent apprécier le fait qu’une communauté Omeka relativement importante existe. Les exemples de sites francophones ne manquent pas comme nous allons le voir et des sociétés de service peuvent prendre en charge les aspects informatiques. Des pages aisées à éditer peuvent raconter des histoires et valoriser des documents particuliers. 2/ Pour les développeurs / infographistes / hébergeurs, un certain nombre de thèmes standards viennent faciliter la personnalisation des sites. A cela s’ajoute, de vastes bibliothèques de modules et plugins permettant l’ajout de fonctionnalités nouvelles à moindre frais. Par ailleurs, plusieurs sociétés de service françaises spécialisées connaissent bien le logiciel et peuvent apporter leur contribution sur les aspects les plus techniques. Elles contribuent de manière très significative à l’effort communautaire de développement.

L’environnement LAMP (Linux, Apache, MySQL, PHP) fortement standardisé, ainsi que l’évolution régulière des logiciels, gage de sécurité informatique peuvent être appréciés. Omeka Classic et S sont basés sur une même architecture informatique MVC (Modèle Vue Contrôleur) des frameworks PHP Zend et Laminas. Cette organisation permet de rigoureusement séparer la logique informatique de l’infographie, si bien que des changements de version du logiciel n’affectent généralement pas les contenus et le design du site. La génération automatique de vignettes dépend d’ImageMagick. Une API rend possible l’accès automatisé aux fonctionnalités d’administration, de recherche et d’affichage des données.

2. Omeka Classic ou Omeka S ?

Omeka Classic fonctionne essentiellement avec Dublin Core. Des métadonnées supplémentaires peuvent être ajoutées dont la nature dépend du type de document sélectionné. Si le type de l’item est une interview, les métadonnées Interviewer et Interviewé deviennent proposées. Des plugins rendent possible l’utilisation d’autres schémas comme EAD Encoded Archival Description par exemple. L’édition de pages rédactionnelles se fait sous Omeka Classic à l’aide du plugin SimplePages. Des expositions numériques permettent la mise en valeur et le commentaire de certains documents.

Omeka S intègre la possibilité supplémentaire de gérer plusieurs sites. Des collections d’un corpus peuvent rassembler des données hétérogènes : autorités, noms de revue, livres, articles, rapports, correspondances, images. Il devient plus aisé de lier entre eux une variété de documents. La possibilité d’éditer des pages rédactionnelles est intégrée au logiciel. Des vocabulaires du web sémantique autres que Dublin Core comme par exemple FOAF, Bibo, MODS/RDF rendent possible une description fine et standardisée des items quelque soit leur nature. Au-delà des ontologies standards proposées par le logiciel, toute ontologie au format OWL est susceptible d’être intégrée.

La question des liens internes ou externes se pose ensuite. Voici à titre d’exemple une hiérarchie de classes modélisée à l’aide des ontologies FOAF, Dublin Core et Schema. A noter qu’Omeka S ne prend pas en compte de manière standard les hiérarchies de classes et de propriétés. Celles-ci doivent être entrées sous forme de relations.

Figure 1 : Un exemple de hiérarchie des classes, possible à implémenter avec Omeka S
Figure 2 : Quatre items de différentes classes liés de manière interne (bleu) et externe (jaune)

Alors quel logiciel choisir ? Omeka Classic est fortement conseillé lorsque l’on souhaite la simplicité de navigation et l’interopérabilité, la création standardisée de collections de documents. Omeka S étend au-delà de Dublin Core les schémas de métadonnées possibles. Des classes distinctes d’items peuvent être décrites simultanément. Plusieurs sites peuvent être gérés à l’aide d’une seule installation. A vous de connaître vos exigences, de tester à l’aide de maquettes et de faire votre choix !

3. Fonctionnalités, thèmes et plugins

Au niveau technique, l’installation sous Linux se fait en moins d’une heure. Des documentations et des forums en anglais apportent des aides complètes. Assez actives, des listes de discussion francophone facilitent les échanges. L’Association des usagers francophones d’Omeka met à disposition de tous le site omeka.fr.

Avec Classic, l’administration intuitive et fonctionnelle rend possible la mise en place d’un workflow de gestion des données. Les rôles standards prévus sont super utilisateur, administrateur, chercheur, utilisateur identifié. Les items se trouvent par défaut en accès privé avec Classic. N’oubliez pas de cliquer sur « Public » si nécessaire ! Chacun des 15 champs Dublin Core peut être répété autant de fois que nécessaire. Des type de contenu particuliers comme : texte, image, son, vidéo, cours, histoire orale, email, site web, lien hypertexte, événement, autorité, donne lieu à l’ajout de champs spécifiques. Des thèmes rendent aisé la personnalisation graphique et l’identification par le public en un coup d’œil. Des logos peuvent ainsi être ajouté. Les plugins ou extensions permettent l’ajout en quelques clics de fonctionnalités supplémentaires.

Parmi les plugins d’Omeka Classic, on notera Simple Pages – ajout de pages d’information, ExhibitBuilder, OAI-PMH Repository – exposition OAI-PMH des métadonnées Dublin Core du site, CSV Import et Dropbox – importation de métadonnées au format CSV/UTF-8 et de lot de fichiers, Geolocation – ajout d’informations de localisation des items sur un carte Google, Simple Vocab – vocabulaire contrôlé pour certains champs, ExhibitBuilder – construction d’expositions mélangeant des textes explicatifs et des documents d’archive,  Scripto – transcription collaborative de manuscrits et documents audios, TeiDisplay – affichage de documents encodés en TEI, CollectionTree – gestion de sous-collections, Neatline – études historique incluant des cartes et des frises chronologiques, COins – référencement facilité des items dans Zotero, Reports – inventaire du contenu affiché sous forme de notices à imprimer, UniversalViewer et OpenLayersZoom – zoom sur des documents manuscrits numérisés en haute résolution, sur des cartes anciennes ou sur des documents iconographiques, Stats – statistiques de consultation des items. Zotero Import rend possible l’import de collections de métadonnées et de fichiers.

Omeka S ne se trouve pas en reste. Parmi les plugins Datascribe est dédié à la transcription éventuellement en crowdsourcing de données structurées telles que celles des recensements ou des réponses à un formulaire. Les extensions se trouvent sur le site officiel, sur github ou bien sur gitlab. Certaines extensions d’Omeka Classic nécessitent l’installation d’autres logiciels ou d’autres modules : Scripto – une extension spécialisée dans la transcription collaborative – nécessite MediaWiki, SolRSearch (moteur de recherche textuel) nécessite l’installation de SolR, TeiDisplay requiert le paquet php5-xsl.

4. omeka.net

Le RRCHNM met à disposition du public occasionnel ou qui ne souhaite pas gérer une installation et sa maintenance complète le service en ligne omeka.net. Un site Omeka Classic fonctionnel est créé en une dizaine de minutes et il devient possible de se familiariser avec la partie administrative des items et avec l’interface publique. Le volume gratuit est de 500MB. Plusieurs extensions sont disponibles et des options payantes étendent les possibilités.

5. Documentations

6. Annuaires, tutoriels, services publics

Le CNRS se montre impliqué dans divers services à la recherche académique.

7. Sociétés, entreprises et services

8. Quelques réalisations francophones

Vous trouverez ci-joint une liste de réalisations francophones réparties par zone géographique française, ainsi que quelques unes des réalisations de l’infrastructure du CNRS Huma-Num.

8.1 Région parisienne
8.1.1 Universités et écoles
8.1.2 Autres institutions, doctorants, particuliers
8.2 Nord
8.3 Nord-Ouest
8.4 Nord-Est
8.5 Centre
8.6 Sud-Ouest
8.7 Sud-Est
8.8 Outre-mer et international francophone ou partiellement francophone
8.9 Avec Huma-Num, CNRS
8.10 Welcome from abroad

N’hésitez pas à envoyer un message si vous souhaitez être mentionné (ou enlevé) de cette liste !