2. Les cartothèques des berges du Nil

Champollion en habit égyptien, pastel, 1828 : Lien

L’Égypte ne cesse de susciter l’engouement. Le Nil et sa vallée, le faste des monuments étonnent et fascinent toujours. Il est relativement aisé de trouver un livre antique en ces lieux. Il suffit d’admirer les murs, les colonnes et les plafonds des temples gravés et peints. La lecture des hiéroglyphes reste cependant un obstacle pour la plupart, et l’aide d’un spécialiste s’impose pour déchiffrer les textes des parois, des ostracons, onomasticons et papyri. Quel meilleur personnage trouver que Jean-François Champollion pour nous accompagner dans notre visite ? Le grenoblois publie son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens en 1823. Et lorsqu’il entreprend en 1828 son unique voyage en Égypte, celui-ci est à la fois scientifique et diplomatique. Plusieurs années de préparation furent nécessaires. Charles X règne depuis quatre ans lorsque débute le périple. Les calendriers égyptiens, les catalogues d’étoiles, ainsi que les cartes réalisées aux différentes époques de l’Égypte antique vont particulièrement nous intéresser. La géométrie – théorie de l’arpentage, de l’architecture, de la géographie et de l’astronomie – sera brièvement évoquée dans la deuxième partie de notre exploration.

Première lettre de Champollion; Alexandrie, 18 août 1828 : C’est après avoir reconnu successivement le plateau de la Cyrénaïque et le cap Rasat, et avoir longé de temps à autre la côte blanche et basse de l’Afrique, sans être trop incommodé par la chaleur, que nous aperçûmes enfin le 18 au matin l’emplacement de la vieille Taposiris, nommée aujourd’hui la Tour-des-Arabes. Nous approchions ainsi du terme de notre navigation, et nos lunettes nous révélaient déjà la colonne de Pompée, toute l’étendue du Port-Vieux d’Alexandrie, la ville même dont l’aspect devenait de plus en plus imposant, et une immense forêt de mâts de bâtimens, au travers desquels se montraient les maisons blanches d’Alexandrie. […]

Les descriptions que l’on peut lire de cette ville ne sauraient en donner une idée complète; ce fut pour nous comme une apparition des Antipodes, et un monde tout nouveau : des couloirs étroits bordés d’échoppes, encombrés d’hommes de toutes les couleurs, de chiens endormis et de chameaux en chapelet; des cris rauques partant de tous les côtés et se mêlant à la voix glapissante des femmes et d’enfans a demi-nus, une poussière étouffante, et par-ci par-là quelques seigneurs magnifiquement habillés, maniant habilement de beaux chevaux richement harnachés, voilà ce qu’on nomme une rue d’Alexandrie.

Moulins à vent et matériaux de construction dans le port-vieux d’Alexandrie, vers 1880 : Lien
Carte de l’Égypte antique avec les noms grecs des cités. Des colonies grecques sont particulièrement implantées à Naucratis initialement, avant qu’Alexandrie ne prenne une importance considérable dans le monde antique méditerranéen. Les romains bâtissent en amont du delta face à l’antique Memphis une forteresse nommée Babylone qui va devenir Le Caire.
Chronologie de l’Égypte antique : Lien
  • Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens, 1828 : Lien
  • Lettres de M. Champollion le jeune, écrites pendant son voyage en Égypte, en 1828 et 1829 : Lien
  • Henri Joseph Redouté et la redécouverte des ruines antiques, Garel-Grislin, 2018 : Lien
  • Les égyptologues français au xixe siècle : quelques savants très influents, Eric Gady, 2006 : Lien

2.1 Datation à Saqqarah

Après visite du Caire, Champollion rejoint Saqqarah, 30 km au sud des grandes pyramides. Les rois et les membres de l’aristocratie bâtissent leur mastaba en ces lieux vers l’an 3150 avant notre ère. La tombe la plus ancienne remonte au règne de Hor-Aha (v. -3095), deuxième souverain de la Ire dynastie. La première pyramide est édifiée vers -2600 par Imhotep, architecte du pharaon Djéser de la IIIe dynastie. Des pierres amenées par navigation sur le Nil remplacent la brique crue pour la construction des monuments de prestige.

Vue aérienne de la pyramide de Djéser à Saqqarah, Le Point : Lien

Champollion, troisième lettre, Sakkarah, 5 Octobre 1828 : … et j’ai trouvé 1° une inscription datée du mois de Paophi de l’an IV de l’empereur Auguste ; 2° une seconde inscription de l’an VII, même mois, d’un Ptolémée qui doit être Soter Ier, puisqu’il n’y a pas de surnom; 3° une inscription de l’an II du roi Acoris, l’un des insurgés contre les Perses ; enfin deux de ces carrières et les plus vastes ont été ouvertes l’an XXII du roi Amosis, père de la 18e dynastie, comme portent textuellement deux belles stèles sculptées à même dans le roc, à côté des deux entrées.

L’égyptologue lit directement les inscriptions en écriture grecque et hiéroglyphe. Il s’intéresse particulièrement aux dates gravées. Les pharaons et empereurs grecs et romains ont pour habitude de marquer les monuments de leur cartouche et de dater les travaux en mois et année de leur règne. Avec leur chronologie précise, les égyptologues distinguent de nos jours époques impériales et dynasties numérotées en chiffres romains.

  • Chronologie détaillée des pharaons de l’Égypte antique : Lien
  • Ptolémée Ier (-283, Période ptolémaïque) : Lien; Achôris (-380, Basse époque) : Lien; Ahmôsis Ier (-1525, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire) : Lien; Djéser (-2625, IIIe dynastie, Ancien Empire) : Lien; Hor-Aha (v. -3095, Ire dynastie) : Lien;
Ostracon de Saqqarah sur lequel sont indiqués des coordonnées en nombre de coudées, paumes et doigts d’un motif architectural courbe; v. 2600 av. J.-C. : Lien

2.2 Le calendrier sacré d’Esnéh, le calendrier égyptien

Plus en amont sur le Nil, Esna, Dendérah, Thèbes, Louxor, Karnak, la vallée des rois, la vallée des nobles. C’est dans ces lieux localisés 650 km en amont du Caire que de nombreux édifices du Moyen et Nouvel Empire ou de la Basse Époque sont bâtis. Des calendriers sacrés sont gravés sur les murs des temples. Ils dictent les cultes et les dates auxquelles ils doivent être rendus.

Temple de Khnoum à Esna, époque lagide : Lien

Champollion, douzième lettre; Thèbes (Latopolis / Esna), Temple de Khnoum / Chnouphis (dieu des cataractes et crues, temple de l’époque ptolémaïque), le 25 mars 1829 : Le grand temple d’Esnéh était dédié à l’une des plus grandes formes de la divinité, à Chnouphis, qualifié des titres NEV-EN-THO-SNÉ, seigneur du pays d’Esnéh, esprit créateur de l’univers; principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes, etc. À ce dieu sont associés la déesse Neith représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de Menhi, Tnébouaou, etc., et le jeune Hâke , représenté sous la forme d’un enfant, ce qui complète la Triade adorée à Esnéh. J’ai ramassé une foule de détails très curieux sur les attributions de ces trois personnages auxquels étaient consacrées les principales fêtes et panégyries célébrées annuellement à Esnéh. Le 23 du mois d’hathor, on célébroit la fête de la déesse Tnébouaou ; celle de la déesse Menhi avait lieu le 25 du même mois; le 30, celle d’Isis, forme tertiaire des deux déesses précitées. Le Ier de choïak, on tenait une panégyrie (assemblée religieuse) en l’honneur du jeune dieu Hâke, et ce même jour, avait lieu la panégyrie de Chnouphis. Voici l’article du calendrier sacré sculpté sur l’une des colonnes du pronaos : « A là nédménie de choïak, panégyries et offrandes faites dans le temple de Chnouphis, seigneur d’Esnéh; on étale tous les ornemens sacrés; on offre des pains, du vin et autres liqueurs, des boeufs et des oies ; on présente des collyres et des parfums au dieu Chnouphis et à la déesse sa compagne; ensuite le lait à Chnouphis; quant aux autres dieux du temple, on offre une oie à la déesse Menhi; une oie à la déesse Neith; une oie à Osiris; une oie à Khons et à Thôth; une oie aux dieux Phré, Atmou, Thoré, ainsi qu’aux autres dieux adorés dans le temple; on présente ensuite des semences, des fleurs et des épis de blé au seigneur Chnouphis, souverain d’Esnéh, et on l’invoque en ces termes : etc.»

Le calendrier principal reflète les habitudes dictées par la fluviométrie du Nil et par le climat. Les crues régulières représentent un élément fondateur de la civilisation égyptienne. Elles résultent de la saison des pluies au niveau du lac Tana éthiopien à l’origine du Nil Bleu qui contribue à la majorité du débit. Le Nil Blanc débute au lac Victoria (Ouganda, Kenya, Tanzanie). La progressive montée des eaux accompagnée de l’inondation des champs atteignait la région du Caire vers le 20-25 juin à un moment de l’année relativement sec et durait plus de trois mois. Il s’avère qu’à certains moments de l’histoire de l’Égypte, des phénomènes astronomiques et hydrologiques ont coïncidé : 1/ lever héliaque de Sirius, 2/ solstice d’été, 3/ crue du Nil. Cette triple coïncidence allait influencer la constitution du calendrier égyptien dit nilotique.

Les premières traces de ce calendrier remontent à 2800 avant notre ère. Le calendrier nilotique comprend trois saisons de quatre mois. Chaque mois comprend 30 jours. À ces 360 jours s’ajoutent cinq jours supplémentaires dits épagomènes. Des divinités et des cultes sont associés aux dates et aux mois. Ces 30 jours sont eux-mêmes subdivisés en groupes de 10 jours appelés décans. Les saisons sont les suivantes : 1/ la saison de l’inondation Akhet (débute avec le lever héliaque de Sirius, fin juin à octobre ?) comprend les mois Thot (Thot), Phaophi (Amon), Athyr (Hathor), Khoiak (Osiris); 2/ la saison de l’émergence Peret (fin octobre à fin janvier ?) comprend Tybi, Méchir, Phaminoth (Amenothep), Pharmouthi (Rénénoutet); 3/ la saison des récoltes, saison des basses eaux (fin février à début Juin ?) Chémou avec Pachon (Khonsou la lune), Payni, Epiph, Mesorê (Rê le soleil). Positionnés après Shemou, les cinq jours épagomènes nommés respectivement Osiris, Horus, Seth, Isis, Nephtys, complètent le calendrier.

Cette période additionnelle qui précède la montée des eaux semble avoir été habituellement un temps de repos. Cependant le calendrier nilotique ne comporte au final que 365 jours, au lieu des 365,25 nécessaires si bien que celui-ci a tendance à dériver. Les prêtres astronomes tout comme les agriculteurs pourraient avoir distingué le lever symbolique de Sirius qui marque le début de l’année religieuse et le lever réel annonciateur des crues.

C’est cependant relativement tardivement, en l’an 238 avant notre ère, que le roi Ptolémée III Évergète (246 – 222 av. J.-C.) tente d’instaurer un sixième jour épagomène tous les 4 ans. Il proclame le décret de Canope qui présente la particularité d’être rédigé en deux langues et trois écritures (hiéroglyphique, démotique et grec), comme la pierre de Rosette. Les prêtres astronomes restent cependant attachés aux deux calendriers parallèles et la réforme échoue. Avec la conquête de l’Égypte par César, ce calendrier égyptien devient adapté et adopté par les romains pour donner lieu au calendrier julien en 46 avant notre ère, avec oubli certes d’un quart de jour… Le calendrier copte toujours utilisé dérive également de ce calendrier nilotique.

  • Le calendrier égyptien, iCalendrier : Lien
  • Le calendrier, Antikforever : Lien
  • Temple de Khnoum (Esna) : Lien; Lever héliaque de Sirius : Lien; Egyptian calendar : Lien; Décret de Canope : Lien; Calendrier Copte : Lien;

2.3 Des catalogues d’étoiles à Dendérah et en vallée des rois

Champollion, Septième lettre, Thèbes le 24 Novembre 1828, Dendérah : Le 16 au soir, nous arrivâmes enfin à Dendéra. Il faisait un clair de lune magnifique, et nous n’étions qu’à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation ? Souper et partir sur le champ furent l’affaire d’un instant : seuls et sans guides, mais armés jusqu’aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient en ligne droite de notre maasch. Nous marchâmes ainsi, chantant les marches des opéras les plus nouveaux, pendant une heure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme; nous l’appelons, mais il s’enfuit à toutes jambes nous prenant pour des Bédouins, car, habillés à l’orientale et couverts d’un grand bernous blanc à capuchon, nous ressemblions, pour l’Égyptien, à une tribu de Bédouins, tandis qu’un Européen nous eût pris, sans balancer, pour un chapitre de chartreux bien armés. On m’amena le fuyard, et le plaçant entre quatre de nous, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d’abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce : maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c’était une momie ambulante : mais il nous guida fort bien et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enfin. Je n’essaierai pas de décrire l’impression que nous fit le grand Propylon et surtout le portique du grand Temple. On peut bien le mesurer, mais en donner une idée , c’est impossible. C’est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré. Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre falot, et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au maasch qu’à trois heures du matin pour retourner aux temples à 7 heures.

Représentation colorisée du bas-relief de Dendérah. Constellations zodiacales symbolisées par des représentations humaines et animales. Les égyptiens intègrent en Basse Époque les connaissances astronomiques grecques et les symboles du zodiaque apparaissent dans les représentations du ciel étoilé : Lien
L’observatoire de Sirius à Dendérah, du Moyen Empire à la Dynastie Lagide. La précession des équinoxes entraîne une modification de l’axe de construction des bâtiments, Bonnet-Bidaud J-M, 2018, 2:42 : Lien

L’égytologue poursuit au cours de l’année 1829 sa remontée du Nil. Il visite longuement Louxor et la vallée des rois. Treizième lettre, Thèbes, le 26 mai 1829 :

Le ciel, sous la forme d’une femme dont le corps est parsemé d’étoiles, enveloppe de trois côtés cette immense composition : le torse se prolonge sur toute la longueur du tableau dont il couvre la partie supérieure; sa tête est à l’occident; ses bras et ses pieds limitent la longueur du tableau divisé en deux bandes égales : celle d’en-haut représente l’hémisphère supérieur et le cours du soleil dans les 12 heures du jour; celle d’en-bas, l’hémisphère inférieur, la marche du soleil pendant les 12 heures de la nuit.

Nout, divinité égyptienne du ciel aux 12 heures du jour à gauche, et de la nuit à droite, plafond de la tombe de Ramsès VI, vallée des rois, 1145 à 1137 avant notre ère, Nouvel Empire : Lien1, Lien2

Les temples, tombes et sarcophages sont des représentations du monde tel qu’il est compris aux différentes périodes de l’antiquité égyptienne. C’est donc sur les plafonds et les couvercles des sarcophages de différentes époques que l’on trouve des bas-reliefs et des peintures des cieux diurnes et nocturnes ainsi que le nom des étoiles, planètes et constellations. Les plus importantes sont personnifiées et déifiées. Ainsi Sirius (Sopdet en égyptien et Sothis en grec) dans la constellation du chien dont le lever héliaque annonce les crues se retrouve symbolisée en divinité féminine surmontée d’une étoile à 5 branches. La divinité céleste apparait liée à la divinité terrestre Isis, alors que la barque symbolise l’aspect dynamique de la voute céleste.

Plafond de la tombe de Sethi 1er (KV17) (1279 av. J.C.), vallée des rois : Lien

Plusieurs systèmes sont utilisés successivement pour mesurer l’heure nocturne à Thèbes dès le Moyen et le Nouvel Empire. Les premières méthodes sont astronomiques. On retrouve peint sur les sarcophages de dignitaires de la première période intermédiaire (vers 2150 avant notre ère) des tableaux d’étoiles et constellations caractéristiques du lever héliaque. Une horloge astronomique décanale est mise en évidence.

Des clepsydres apparaissent au début du Nouvel Empire, vers l’an 1500. La clepsydre de Karnak date de 1350 environ. Cet instrument en albâtre de forme tronconique est découvert en 1904 par Georges Legrain. La paroi extérieure comporte une description astronomique et mythologique du ciel nocturne égyptien tandis que la paroi intérieure est marquée de 12 séries de 11 points. Un orifice situé à la base permet à l’eau de s’écouler en goutte à goutte. Les durées des heures nocturnes varient en fonction de la saison. Les heures sont plus courtes en été. La mesure du temps nocturne devient alors possible sans connaissance astronomique particulière.

Clepsydre de Karnak avec graduations intérieures : Lien

L’observation des étoiles ne cesse pas pour autant. L’intérêt réside dans l’établissement des éphémérides et dans l’astrologie. De la position des corps célestes dans le ciel et des conjonctions dépend à la fois pour les égyptiens de l’antiquité le devenir des hommes et de leurs projets, la météorologie et les aléas de la nature. Des horloges stellaires d’un type nouveau deviennent peintes sur les tombes des Ramsès. Ces horloges stellaires ramessides reposent sur l’observation de la culmination (passage au méridien céleste) ou du transit (passage au même point de deux corps célestes) de différentes étoiles, constellations et planètes aux différentes heures de la nuit.

Book of Nut : Lien; Zodiaque de Dendérah : Lien; Temple d’Hathor (Dendérah) : Lien; Astronomie dans l’Égypte antique : Lien; Horloge stellaire égyptienne : Lien; Clepsydre dans l’Égypte antique : Lien; Heure archaïque : Lien

2.4 De l’arpentage à l’architecture

Vallée des nobles, Sheikh Abd el-Qurna : Lien

L’arpenteur, l’architecte, le topographe et le cartographe partagent un certain nombre d’outils dédiés aux mesures des distances. Parmi ceux-ci, l’un des plus intéressant et des plus primitif également est la corde à nœuds. Des nœuds sont formés à intervalle régulier sur une corde qui se doit d’être inélastique, insensible aux conditions atmosphériques et tendue pour donner des mesures fiables. Une unité égyptienne émerge de cette corde nouée. Nommée i͗trw (mesure de la rivière, ne cherchez pas ici la prononciation), elle vaut 100 coudées royales. Un nœud est fait toutes les 10 coudées. Une coudée royale vaut 52 centimètres environ et une corde standard mesure donc 52 mètres. Les grecs, les romains et les byzantins vont successivement adopter cette unité de mesure créée en Égypte pour l’appeler respectivement σχοίνος, schœnus, schoinion et lui donner des valeurs de l’ordre de plusieurs kilomètres.

Des cordes contenant 12 nœuds peuvent servir à tracer les angles droits des champs et bâtiments. On se sert alors du plus simple des triplets (3,4,5) vérifiant la relation de Pythagore (32 + 42 = 52) pour tracer au cordeau un triangle rectangle.

Tombeau de Menna, scène d’arpentage avec une corde à nœuds tendue en vue de délimiter un champs, v. 1400–1352 av. J.-C. : Lien
  • Ancient Egyptian units of measurement : Lien; Schoenus : Lien; Knotted cord : Lien; Papyrus Rhind : Lien

2.5 Des lexiques, des cartes et des archives

Les origines de la géographie peuvent être trouvées dans le domaine de la lexicographie, des archives diplomatiques et du commerce au long cours. Le Nil constitue une voie de communication naturelle qui relie l’Afrique équatoriale à la Méditerranée. Dès les époques prédynastiques de Nagada (Haute Égypte) et Gerzeh (Basse Égypte) vers 3500 à 3200 avant notre ère, l’obsidienne pour la taille des outils lithiques et l’ivoire pour la sculpture de figurines étaient échangés. D’autres voies commerciales passent par la Mer Rouge. Des statuettes d’ivoire dont les yeux sont incrustés de lapis lazuli en provenance d’Afghanistan sont retrouvées dès cette époque. Des sortes de jetons analogues à ceux retrouvés en Mésopotamie à la même époque apparaissent, formes primitives sans doute de l’écriture et des hiéroglyphes égyptiens.

L’état pharaonique apparait hautement organisé dès les premiers empires et divisé en nomes, structures politiques, juridiques, administratives et religieuses réparties linéairement sur le cours du Nil. Les noms des 42 nomes de Haute et de Basse-Égypte se retrouvent listées dans des Onomasticons en date du Moyen Empire. Diffusés sur papyrus, cuir ou poterie, ces textes contiennent au-delà des noms des cités des mots classés par catégorie sémantique. Ces sortes de lexiques, de bases de connaissances dirions nous de nos jours, ont pu servir d’aide mémoire pour l’enseignement des choses.

L’onomasticon d’Aménémopé par exemple est daté de 1100 avant notre ère (fin du Nouvel Empire et début de l’âge du fer). Il répertorie 610 entités nommées et identifiées par un numéro. Huit groupes sémantiques sont distingués : 1/ ciel, astres, eau et terre (entités 1 à 62); 2/ organisation de l’État, de la cour, de l’administration et des professions (63-229); 3/ classes sociales, tribus et peuples (230-312); 4/ les villes d’Égypte (313-419); 5/ bâtiments et architecture, types de terres (420-473); 6/ agriculture, techniques agricoles et produits de la terre (474-555); 7/ boulangerie, pâtisserie et boissons (556-578); 8/ parties du bœuf et du gibier (579-610). Ancient Egyptian Onomastica écrit en 1947 par Alan Henderson Gardiner constitue l’ouvrage de référence en la matière.

Une correspondance royale est retrouvée à el Amarna. Elle donne de nombreuses informations sur le contexte politique et diplomatique lors du règne d’Akhenaton (1369 à 1353 avant notre ère). Des messagers-ambassadeurs transmettent des tablettes écrites en akkadien cunéiforme ainsi que des présents. Ils représentent les intérêts de leur maître dans les autres cours et peuvent mener des négociations. Le pharaon est sollicité pour l’or en provenance du Royaume de Koush nouvellement conquis et pour de l’ivoire. Les rois de Chypre fournissent du cuivre, tandis que les rois de Babylone envoient du lapis-lazuli. Les cadeaux envoyés le sont souvent après une demande diplomatique précise et les envois sont âprement négociés.

Du fait de la fragilité du papyrus, une seule carte terrestre pré-gréco-romaine a été retrouvée. Le papyrus minier de Turin est généralement considéré comme la plus ancienne carte topographique connue. Il aurait été découvert à Deir el-Medina à Thèbes. Il est recueilli vers 1824 par Bernardino Drovetti, diplomate, aventurier et antiquaire italien naturalisé français, consul de France en Égypte à l’époque napoléonienne. La carte est tracée vers 1150 avant notre ère par le scribe de la tombe Amennakhte, fils d’Ipuy. Elle sert lors d’une expédition géologique organisée par Ramsès IV dans le désert oriental qui entoure la route menant de Thèbes à la Mer Rouge. Le but est d’obtenir des blocs de pierre d’un grès particulier, de couleur vert sombre, destiné à sculpter des statues du pharaon.

Papyrus de Turin par Amennakhte, considéré comme la carte la plus antique, vers 1150 avant notre ère : Lien
  • Gerzeh culture (Nagada II) : Lien; Culture Nagada : Lien; Egypt-Mesopotamia relations : Lien;
  • État pharaonique : Lien;
  • Onomasticon of Amenope : Lien;
  • Ancient Egyptian Onomastica, Gardiner, 1947
  • L’Onomasticon d’AMÉNOPÉ, un lointain ancêtre des encyclopédies, 2018 : Lien
  • Lettres d’Amarna : Lien; Turin papyrus map: Lien;

C’est en 1869 que le canal de Suez promu par Napoléon III est mis en service. Les Britanniques s’étaient initialement opposés à sa construction, mais une fois ouvert, sa valeur stratégique fut reconnue. L’intérêt des britanniques pour l’égyptologie date essentiellement de la période de colonisation qui débute en 1882 pour s’achever en 1956. Plusieurs archives égyptiennes de différentes époques furent successivement découvertes et étudiées par plusieurs générations d’égyptologues dans ce contexte international. Les papiers ainsi découverts sont écrits en égyptien hiératique, démotique et copte, en koinè – dialecte grec international, en araméen, en latin et arabe. Ils délivrent un aperçu de la vie politique, administrative, commerciale, religieuse et artistique en une période de plus de mille ans.

Parmi les inestimables trouvailles furent trouvées dans des caches et publiés les papyri d’Éléphantine. Des archives attestent de la présence de communautés juives à partir du Ve siècle av. J.-C. sur l’île Éléphantine localisée non loin d’Assouan.

Le temple d’Hathor à Denderah comprend un temple ptolémaïque et romain bâti sur des constructions beaucoup plus anciennes. L’influence du temple s’étend sur l’ensemble de l’Égypte et les différents territoires sont représentés sur les soubassements du mur extérieur. Les nomes de Haute-Égypte sont présents à l’est. Ils sont nommés de même que les canaux, les territoires cultivables et les marécages. La région du delta occupe la partie ouest. Au-dessus de la procession des nomes, des hiéroglyphes détaillent le contenu du temple salle par salle. Celles de l’est sont décrites sur le bandeau oriental et celles de l’ouest sur le bandeau occidental.

D’autres archives de l’époque égyptienne grecque puis byzantine On peut ainsi citer les papyri de Zénon de Caunos fils d’Agresphon, au nombre de 1800 environ trouvés en 1900. Ils sont datés de 261 à 229 avant notre ère et écrits en grec ancien et égyptien démotique. Ce dignitaire proche de Ptolémée II Philadelphe et Ptolémée III Évergète né en Carie écrit à sa famille, expose ses activités commerciales en Syrie et Judée, effectue des missions pour le pharaon en différentes cités du Nil et s’établit dans le village de Philadelphie à Fayoum. Les comptes publics et privés jouent un rôle central dans ses archives. On retrouve également un plan de champs gagnés sur le désert par creusement de canaux d’irrigation. Une forme d’art mortuaire typique de l’époque romaine du Fayoum consiste à peindre le portrait du défunt.

Portraits du Fayoum, Ier au IVe siècle : Lien

Les archives d’Oxyrhynque sont celles d’une ville entière. Les documents sont datées de 100 avant notre ère à la conquête musulmane. Le papyrus 131 exposé à la British Library « Constitution des Athéniens » attribué à Aristote est retrouvé en 1879. Bernard Pyne Grenfell et Arthur Surridge Hunt d’Oxford fouillent et étudient en ces lieux de 1896 à 1930 environ. Un fragment des « Eléments » d’Euclide est également excavé de même que de multiples autres textes antiques en grec, égyptien, latin et arabe essentiellement.

  • Papyrus d’Éléphantine : Lien
  • Zénon de Caunos : Lien
  • About the Zenon Papyri : Lien
  • Letters from the Zenon Archive : Lien
  • Claude Orrieux, Zénon de Caunos, parépidèmos, et le destin grec : Lien
  • A large estate in Egypt in the third century B.C. : Lien
  • Le temple de Dendera, Sylvie Cauville, 1990, Institut Français d’Archéologie Orientale
  • Papyrus d’Oxyrhynque : Lien; Oxyrhynchus Papyri : Lien

2.5 Quelques sciences à Alexandrie

Avec l’influence grandissante de la langue et de l’écriture grecque et l’intensification des échanges maritimes, les rouleaux de papyrus relatifs aux sciences et techniques apparaissent progressivement, écrits en grec Koinè et onciale – caractère majuscule et sans espace – de gauche à droite. Nous allons ici évoquer plusieurs disciplines qui prennent à cette époque une importance particulière pour notre sujet. De nouvelles méthodes et théories voient le jour, des mappemondes de la Méditerranée et de l’Orient apparaissent.

  • Histoire d’Alexandrie à l’époque hellénistique : Lien

2.5.1 La cosmographie

Astronomie, astrologie, géologie et géographie ne constituent à Alexandrie et jusqu’au Moyen Âge qu’une seule et même discipline scientifique étudiée par les mêmes spécialistes et nommée cosmographie. La savants et philosophes alexandrins se distinguent cependant des prêtres-astronomes de l’ancienne Égypte non seulement par la langue et l’écriture mais encore par les méthodes. Les savoirs ne sont plus transmis aux seuls initiés mais divulgués sous forme d’enseignements profanes et de livres accessibles dans des bibliothèques. La population des lettrés s’accroit de manière importante à cette époque et les écrits deviennent plus nombreux.

Almageste (v. 150) par Claude Ptolémée (v. 100 – v. 168) : Il apparait logique de croire en matière de cosmologie que la terre se tient immobile au centre du monde, car nous ne ressentons strictement rien de spécial de son mouvement. Proposer un modèle cohérent avec les observations mais en absence de certaines connaissances représente un défi. Les explications données nécessitent d’être cohérentes et doivent de plus susciter l’assentiment de la plupart des géomètres et astronomes d’une époque. L’Almageste représente la somme des connaissances astronomiques du monde greco-égyptien vers l’an 150. Il résume les croyances et convictions basées sur l’observation, la mesure et le calcul. Cette vidéo résume en 24 minutes le modèle géocentrique en vigueur d’Aristote à Ptolémée en passant par Tycho Brahe (1456 – 1601).

Holbein : sciences et ambassadeurs; Canal Éducatif à la Demande, Michel Blay, Michella Malpangotto, 2010, 24:08 : Lien
Geographica, carte de l’Afrique du Nord et d’Égypte, d’après Ptolémée, Édition de Bologne 1462 en latin, Digital Bodleian, Université d’Oxford : Lien
  • Claude Ptolémée : Lien; Almageste : Lien; Géographie (Ptolémée) : Lien
  • Denis Savoie (Universcience): Ptolémée et Copernic, 55:10 : Lien

2.5.2 Des instruments pour mesurer l’espace et le temps

La mécanique est utilisée de manière empirique en Égypte antique pour construire des pots en série avec un tour de potier, pour bâtir des pyramides, tailler et édifier un obélisque, peser, creuser des puits ou bien transporter de l’eau dans les champs. Alors que les récoltes dépendaient grandement du volume et de la durée des crues du Nil, le chadouf apparait à la fin de l’Ancien Empire. La roue apparait en même temps que le cheval et le char vers 1500 avant notre ère, sous la dynastie des Hyksôs.

Le levier ou la balance sont des composantes de base de la mécanique statique, alors que la roue, l’engrenage et l’écoulement des fluides relèvent de la mécanique dynamique. Cependant, avec la construction d’Alexandrie en 331 avant notre ère, un lieu d’échange unique est créé. De nouvelles technologies apparaissent sur les rivages de la Méditerranée. Des machines innovantes facilitent la distribution de l’eau dans les champs et les domiciles. La vis d’archimède, la noria et la sakia apparaissent vers 300 avant notre ère et facilitent l’irrigation et l’approvisionnement en eau. De nouveaux instruments de visée servent à mesurer aussi bien la terre que le ciel. Le romain Vitruve (v. 90 – v. 15 av. J.-C.) constitue un témoin de cette période gréco-romaine.

L’art de faire des machines est entièrement fondé sur la nature, et sur l’étude qu’on a faite du mouvement circulaire du monde. Regardons d’abord et observons la marche continuelle du soleil, de la lune et des cinq autres planètes ; si leur mouvement de rotation n’était pas basé sur les règles de la mécanique, nous n’aurions point de lumière pendant le jour, et les fruits n’arriveraient point à leur maturité. A la vue de ce mécanisme, les anciens prirent modèle sur la nature, et, suivant la marche que ces corps divins semblaient leur indiquer, ils obtinrent des résultats qui sont si nécessaires à la vie. Aussi, pour rendre leurs ouvrages plus faciles à faire, ont-ils inventé toutes sortes de machines dont la puissance a été appropriée à leur destination. C’est ainsi que tout ce dont ils ont reconnu l’utilité dans les sciences, dans les arts, dans les métiers, a été insensiblement amené par leur sagacité à une plus grande perfection. Vitruve, De architectura, Livre X : Lien, remacle.org

Horloge hydraulique de Ctésibios,
vue par Perrault (XVIIIe siècle) : Lien

En Égypte, l’ingéniosité de quelques hommes rend possible la création de nouveaux instruments dédiés au décompte des heures, à la mesure des distances … ainsi qu’à la musique et aux armes de jet. Une mécanique de précision s’élabore progressivement dont rend compte Vitruve dans son De architectura, Livre IX.

Ctésibios d’Alexandrie (284-221 av. J.-C.), d’après Vitruve, connait une grande renommée en mettant au point un système qui rend constant le débit hydraulique d’une clepsydre publique. Un réservoir intermédiaire dont le niveau reste identique se déverse dans un second réservoir dont le niveau indique l’heure. La clepsydre anaphorique apporte une régulation supplémentaire. Une roue de régulation décorée des signes du zodiaque fait varier la durée des heures en fonction des saisons comme nous l’avons vu avec la clepsydre de Karnak. Le cadran solaire reste l’instrument de référence pour mesurer l’heure.

Ctésibios construit également un orgue avec clavier qui va rencontrer un certain succès. Des représentations de l’instrument se retrouvent sur des bas-reliefs et mosaïques de l’époque romaine et byzantine. Il convient non seulement d’en construire les mécanismes – air comprimé, clavier – mais encore d’en fabriquer les tuyaux correspondant aux notes pour lesquelles des harmonies sont possibles.

De la dioptre : Lien

Héron d’Alexandrie (v. 10, v. 70). Plus tardivement vers le 1er siècle de notre ère, alors que l’Égypte devient province romaine, publie postérieurement à Vitruve. La maitrise des techniques rend possible la fabrication d’instruments de mesure et de mécanismes innovants. Héron écrit à la fois sur la géométrie, la mécanique et la géodésie. Il décrit deux instruments spécifiquement dédiés à la mesure des distances, créés par les anciens dit-il, mais qu’il améliore. Le premier est un instrument optique réalisé en cuivre, la dioptre. Dérivé d’une sphère armillaire dans ses mouvements possibles, il est constitué d’un tube de visée susceptible d’être orientée de manière contrôlée à la fois horizontalement et verticalement à l’aide de deux molettes. Un fil à plomb sert à positionner verticalement l’appareil dont le pied est décoré d’une colonne dorique. Deux demi-disques gradués permettent la mesure des angles de visée. Son usage concerne l’arpentage, l’architecture, la cartographie, l’astronomie et l’appareil préfigure le théodolite. L’ouvrage ΠΕΡΙ ΔΙΟΠΤΡΑΣ / De la dioptre décrit la résolution de problèmes d’arpentage et de topologie.

Héron décrit également un odomètre distinct de celui de Vitruve. L’odomètre se sert du mouvement des roues d’un char pour faire se mouvoir des engrenages reliés à une aiguille qui forme compteur de distance en stades. Le système destiné à remplacer la corde ou la chaîne d’arpentage préfigure le compteur kilométrique.

L’odomètre d’Héron : Lien

Héron précise : Ainsi donc, quelle que soit la longueur d’un chemin à parcourir, on peut déterminer cette longueur, soit avec la dioptre que nous avons construite, soit avec l’odomètre dont on a parlé ci-dessus. Mais il serait bien utile de pouvoir aussi Mesurer la distance qui sépare deux pays situés dans des climats différents,et entre lesquels se trouvent des îles, des mers, et, en général, des lieux inaccessibles: il est donc nécessaire d’ajouter ici, pour remplir cet objet, une méthode qui complète tout à fait la théorie que nous avons exposée. Par exemple, soit proposé de mesurer la distance d’Alexandrie à Rome, prise en droite ligne sur la surface de la terre, c’est-à-dire plus exactement, en suivant la circonférence d’un de ses grands cercles, une chose étant d’abord convenue, savoir, que le contour de la terre est de 252.000 stades (39 564 km), comme Eratosthène, l’auteur le plus exact de beaucoup parmi tous ceux qui ont traité ce sujet, le démontre dans le livre qu’il a écrit Sur la mesure de la terre. Que l’on observe à Alexandrie et à Rome la même éclipse de lune. (Si une pareille observation se trouve mentionnée dans les registres, nous nous en servirons; dans le cas contraire, il nous sera possible de la faire nous-même, puisque les éclipses de lune arrivent par intervalles de cinq et de six mois [environ].) Supposons donc que l’on ait constaté l’existence d’une telle éclipse, la même, aux lieux susdits, mais a cinq heures de nuit pour Alexandrie, et, pour Rome, à trois heures de la même nuit. Soit, de plus, la distance de cette nuit (c’est-à-dire la distance du cercle diurne sur lequel se trouve le soleil pendant cette nuit) à l’équinoxe, du côté du tropique d’hiver, de dix jours...

  • Dioptra : Lien, Odomètre : Lien; Ctésibios : Lien; Héron d’Alexandrie : Lien;
  • De architectura, Vitruve : Lien
  • De la construction des horloges; comment et par qui elles ont été inventées; Vitruve, De aarchitectura (IX, 9), mediterranees.net : Lien
  • De la dioptre (dioptre, odomètre, grue), Héron d’Alexandrie, remacle.org : Lien
  • L’odomètre d’Héron d’Alexandrie, complément de la dioptre Fleury, 2017 : Lien

2.5.3 Géométrie du plan et de la sphère

Le papyrus mathématique Rhind, Ahmès (vers 1550 av. J.-C.)

Les mathématiques dédiées à l’enseignement des scribes se présentent comme des séries de problèmes qu’il est possible de résoudre en appliquant une sorte de recette (un algorithme). La multiplication égyptienne s’avère totalement distincte dans ses principes de la multiplication que nous pratiquons actuellement, en absence du chiffre zéro.

  • Papyrus Rhind : Lien; Géométrie dans l’Égypte antique : Lien

Les éléments, Euclide (vers 300 av. J.-C.)

Les applications précèdent elles les théories ou bien l’inverse ? Nous ne le savons pas vraiment. En tous cas, faisant suite aux théories et enseignements des scribes, des rouleaux d’un nouveau genre apparaissent à Alexandrie peu après la fondation de la cité vers 330 avant notre ère. Des méthodes particulières conduisent à des démonstrations d’un nouveau genre. Des démonstrations obtenues par différents auteurs deviennent compilées et classées logiquement.

Euclide d’Alexandrie rédige vers 300 avant notre ère environ la présentation de la géométrie éponyme. Le mathématicien fonde ses raisonnements sur des définitions ou postulats peu nombreux, bien établis, presque évidents et non redondants appelés axiomes. De ces définitions et axiomes sont déduits de manière logique des théorèmes. Ils exposent des résultats nouveaux qui pour être déclarés valides ne doivent pas conduire à des contradictions. Cette petite vidéo de 17 minutes expose le principe, exposé dans le premier volume d’un ouvrage qui en compte treize.

L’axiomatique – Les Éléments d’Euclide; Grain de philo #14 (Ep.4); Monsieur Phi, 2017, 17:11 : Lien
  • Éléments d’Euclide : Lien; Système axiomatique : Lien; Géométrie euclidienne : Lien
  • La tradition mathématique alexandrine, Vitrac, 2007 : Lien
  • Timocharis, Ménélaos, Apollonios de Perga;
  • Histoire de la trigonométrie sphérique : Lien

Conclusions alexandrines

Le point est ce dont la partie est nulle

Éléments, Livre 1, Définition 1, Euclide

Nous tenons enfin grâce à Euclide une définition ferme du point. Elle va nous permettre d’aisément « faire le point », comme le disent les marins. Où sommes nous situés dans l’espace et le temps ? Il nous faut alors quitter Champollion, sa plume et sa verve pour décrire les monuments et les hommes. Le père des égyptologues se trouve à Thèbes, accueilli par Ramsès IV en personne.

Douzième lettre, Champollion, Biban-el-Molouk (Thèbes), le 25 mars 1829.

Nous passâmes sur la rive gauche le 23 , et après avoir envoyé notre gros bagage à une maison de Kourna, que nous a laissée un très brave et excellent homme nommé Picciuini, agent de M. d’Anastasy à Thèbes, nous avons tous pris la route de la vallée de Biban-el-Molouk où sont les tombeaux des rois de la XVIIIe et de la XIXe dynasties. Cette vallée étant étroite, pierreuse, circonscrite par des montagnes assez élevées et dénuées de toute espèce de végétation, la chaleur doit y être insupportable aux mois de mai, juin et juillet; il importait donc d’exploiter cette riche et inépuisable mine à une époque où l’atmosphère, quoique déjà fort échauffée, est cependant encore supportable. Notre caravane s’y est donc établie le jour même, et nous occupons le meilleur logement et le plus magnifique qu’il soit possible de trouver en Égypte. C’est le roi Rhamsès ( le IVe de la XIXe dynastie ) qui nous donne l’hospitalité, car nous habitons tous son magnifique tombeau, le second que l’on rencontre à droite en entrant dans la vallée de Biban-el-Molouk. Cet hypogée, d’une admirable conservation, reçoit assez d’air et assez de lumière pour que nous y soyons logés à merveille ; nous occupons les trois premières salles qui forment une longueur de 65 pas; les parois, de 15 à 20 pieds de hauteur, et les plafonds sont tout couverts de sculptures peintes, dont les couleurs conservent presque tout leur éclat; c’est une véritable habitation de prince …

Alors que l’érudit poursuit ses travaux, maintes questions se posent. Comment les anciens de Mésopotamie mesuraient ils les distances ? Quand les premiers catalogues d’étoiles, les premiers plans et cartes terrestres sont ils apparus en ces lieux ? Qu’en est il de la géométrie sumérienne et babylonienne ? Comment sont apparus les chiffres arabes et les tables de sinus ? Nous ne le savons pas. Il nous faut alors embarquer en direction de l’orient. Il s’agit de contourner l’infranchissable Désert d’Arabie. Nous transiterons par la Mer Rouge avant d’atteindre les chaudes eaux et rivages du Golfe Persique. À suivre …

The supermoon as seen from Dahab, Egypt, Red Sea. Photo: Ahmad Shrief : Lien

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