Information et commerce au 18ème et 19ème siècle : trois allégories

Datées du 18ème et 19ème siècle, trois allégories sont ici décrites. Elles évoquent de plaisante façon les thèmes des échanges commerciaux sur mer et sur route, des progrès scientifiques et techniques; une invitation au voyage et peut être au départ en vacances, à moins que ces peintures et gravures ne soient l’expression d’un message d’une certaine façon politique, souverainiste et expansionniste.

1. La France offrant la Liberté à l’Amérique, 1784

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Peinture sur toile, 1784, Jean Suau (1755-1841), visible au Musée Franco Américain, proche de Soisson. Photo RMN-Grand Palais (Château de Blérancourt) / Gérard Blot

Au centre, se trouve l’allégorie de la France en manteau bleu, fleurs de lys et cuirasse. Elle tient par la main la Liberté et l’offre à l’Amérique représentée par un Indien portant une coiffe à plumes. Celui-ci l’accueille dans son embarcation. Mise en évidence par la lumière et l’éclairage, la Liberté porte dans sa main droite le sceptre symbole de souveraineté et dans sa main gauche le bonnet phrygien icône de la liberté. 

En arrière plan et dans le ciel, la fameuse Fama – allégorie de la renommée – est représentée ailée et embouchant sa trompette. La Paix également ailée se trouve debout derrière la France et tient une couronne de lauriers. Agenouillée et coiffée d’une couronne, l’Abondance se tient distraite. L’allégorei du Commerce montre de sa main une carte et un compas. Sur la gauche et dans la pénombre, des débardeurs entassent et déplacent des marchandises destinées aux navires. A droite en arrière plan se trouve Hercule armé de sa massue pourchassant le Léopard anglais.

Inspiré des représentations allégoriques de l’antiquité, le tableau témoigne de l’intérêt que connut en France royaliste la révolution américaine (1775-1783). Il met en scène de manière décorative l’aide militaire et financière française apportée aux insurgés. Il résume les intérêts français de l’époque et les mobiles qui se cachent derrière l’intervention : revanche contre l’Angleterre suite à la guerre de Sept Ans, aspirations à la reconquête du commerce maritime, expansion des empires coloniaux, gloire de la France dans ses alliances. Jean Suau remporte avec son œuvre le concours de l’Académie royale de Toulouse en 1784. Certains de ces symboles alors communs trouvent une toujours actuelle représentation dans les blasons et sceaux de la ville et de l’État de New-York par exemple.

  • Infos supplémentaires sur histoire-image.org : Lien
  • Drapeau de l’État de New York : Lien
  • Drapeau de New York : Lien

2. Commerce and Navigation, – Lake, Internal, and Coasting Trade, 1847

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Lithographie introductive du rapport “A Synopsis of the Commercial and Revenue System of the United States”, 1847, E. Weber & Co. Balto. Inscriptions en pied de page : « J. G. Bruff, Del.” , “Lith. of E. Weber & Co. Balto. », “Commerce and Navigation, – Lake, Internal, and Coasting Trade.”, “Entered according to aist of congress in the year 1847 by Rob.t Mayo in the clerk office of the Dis.t Court of the District of Columbia.” : Lien

Suivant les usages de l’époque, le titre complet du rapport impressionne par sa longueur : « A synopsis of the commercial and revenue system of the United States, as developed by instructions and decisions of the Treasury Department for the administration of the revenue laws : accompanied with a supplement of historical and tabular illustrations of the origin, organization, and practical operations of the Treasury Department and its various bureaus, in fulfilment of that system : in eight chapters, with an appendix.« , 1847, 8 chapitres, 436 pages. Lien

Le traité détaille les lois, les instructions et les décisions relatives aux produits importés aux États-Unis. Un port américain se trouve représenté. Au centre, au milieu de divers ballots et fûts sur l’embarcadère, un personnage féminin symbolise la Liberté, un pied en appui sur un globe. Elle côtoie  un aigle supportant un écu décoré d’un fanion américain aux 13 étoiles. Un grand bouclier se trouve en appui sur une ancre de marine et un sac. Mercure, protecteur antique des voyageurs et du commerce, des gains financiers, des messages et de la communication vole au dessus de la scène. Au premier plan en bas, se trouvent des rouleaux sur lesquels on peut lire : “Système d’entrepôt américain”, “Produits domestiques”, “Produits étrangers”, “Commerce interne et côtier”, “Imports et exports”,  “Tarif des États-Unis”, “Carte du monde”, “Recettes de la marine, Système de phare”. Un “Livre de comptabilité” complète la collection. Des instruments de marine parmi lesquels on reconnaît une sonde à main, un sextant, un compas droit.

En arrière plan, des vaisseaux de commerce de différentes catégories naviguent sur des étendues marines. On remarque également un bateau à vapeur propulsé par roue à aube. Plusieurs bâtiments dédiés à la navigation ornent la gravure : une tour supporte un sémaphore, un phare indique l’entrée du port. A gauche, des entrepôts parmi lesquels circule un train à vapeur transportant passagers et marchandises. Le réseau ferré américain est déjà étendu à cette époque comme le montre par exemple une carte de 1840 numérisée à la Bibliothèque du Congrès. Le quai est parcouru de marchands en haut de forme et de dockers. Le commerce, les techniques et la politique se trouve fréquemment représentés de manière conjointe dans les textes législatifs.

  • Science and business never far apart : Lien 
  • Sur HathiTrust : Lien
  • Map shewing the connection of the Baltimore and Ohio-Rail-Road with other rail roads executed or in progress throughout the United States : Lien

3. American Progress, 1872

L’expression Manifest Destiny / Destinée Manifeste apparaît en 1845 sous la plume de John O’Sullivan dans son article publié dans le United States Magazine and Democratic Review. L’auteur et son journal exhortent les États-Unis à annexer la République du Texas. O’Sullivan détaille la nécessité en quelque sorte religieuse de la colonisation du continent nord-américain par les nouveaux arrivants de la côte Est. Il déclare : « It is our manifest destiny to overspread the continent alloted by Providence for the free development of our yearly multiplying millions » / « C’est notre destinée manifeste de nous déployer sur le continent confié par la Providence pour le libre développement de notre grandissante multitude ». La guerre américano-mexicaine qui s’ensuit dure de 1846 à 1848. Par le traité de Guadeloupe Hidalgo signé le 2 février 1848, le Mexique cède aux États-Unis ce qui va dorénavant constituer le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, le Colorado, le Wyoming, le Nouveau-Mexique, et une partie de l’Arizona. Pour 15 millions de dollars de l’époque, le territoire américain s’étend de 1 300 000 km2.

Né à Berlin en 1842, le peintre et lithographe John Gast (Johannes Gast) réalise en 1872 sur commande de l’éditeur George Crofutt une peinture à l’huile, à laquelle il donne le titre de Westward Ho, Manifest Destiny. Son œuvre représente Columbia, le personnage allégorique symbole des États-Unis. Également édité dans des guides sous forme de gravure destinée aux colons, le tableau va devenir connu sous l’appellation American Progress. Nous sommes à cette époque sept ans après la Guerre de Sécession et les États-Unis voient arriver de nombreux immigrants d’Allemagne, d’Irlande et aussi de France. C’est en 1872 également qu’Auguste Batholdi soutient un projet de création de statue monumentale en cuivre localisée sur une île de la Baie de New-York visant à commémorer en 1876 le centenaire de l’indépendance.

American Progress, par John Gast, 1872 : Lien

Sorte de pendant féminin d’Oncle Sam, Columbia habillée d’une toge romaine est représentée suspendue dans les airs, ses cheveux ornés d’une étoile. Elle tient dans l’un de ses mains un livre inscrit SCHOOL BOOK, alors que de l’autre elle déroule un fil télégraphique qui s’étend le long d’une voie de chemin de fer. Columbia se dirige vers un Ouest représenté comme sombre et peu éclairé, chassant dans cette direction des indiens natifs et leurs chiens, un troupeau de bisons, ainsi qu’un ours. En arrière plan, on trouve sur la gauche une représentation des Rocheuses et de la côte Pacifique et sur la droite bien éclairé le port et la ville de New-York. Parmi les pittoresques personnages et moyens de locomotions, des laboureurs passent la charrue. Sur la route un groupe de voyageurs parmi lesquels un trappeur et un paysan bêche sur l’épaule. Une diligence, un chariot bâché et deux trains progressent dans la prairie.

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